LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN COLOMBIE
Document de discussion par Eleanor Douglas
22 juin 2000
4. L'APPUI CANADIEN À LA PAIX EN COLOMBIE
4. L'APPUI CANADIEN À LA PAIX EN COLOMBIE
La
plupart des Canadiens et Canadiennes auraient de la difficulté
à saisir ce que des décennies de violence et de
répression continuelles ont fait subir à la population
colombienne et à ses organisations; toutefois, comme on pourra
l'observer dans les points présentés rapidement
ci-dessous, divers secteurs de la société canadienne
s'intéressent de plus en plus à la Colombie.
- La
visite au Canada du président Pastrana en mai 1999 et la
visite en Colombie du ministre Axworthy en janvier 2000 constituent
une indication que les relations bilatérales entre les deux
pays deviennent de plus en plus importantes.
- Les
tribunaux d'opinion internationaux tenus à Toronto et à
Montréal en 1999 en réponse au massacre de
Barrancabermeja de 1998 ont développé la
sensibilisation au Canada à l'horreur de la violence
paramilitaire et aux graves et incessantes violations des droits
humains.
- Le
Comité permanent des Affaires étrangères a tenu
pour la première fois en décembre 1999 des audiences
sur la situation en Colombie.
- L'ACDI,
l'Agence canadienne de développement international,
procède à un examen de sa programmation avec la
consolidation d'une paix durable comme thème central de
son prochain plan quinquennal.
- Au
cours des deux dernières années, la Colombie a été
un des quatre pays vedettes à la Consultation annuelle sur la
consolidation de la paix et les droits humains du MAECI.
- Un
nombre réduit mais grandissant d'ONG et d'Églises
ainsi que le CRDI (Centre de recherche et de développement
international) désirent faire de la prospective ou rehausser
leur programme d'appui à la consolidation d'une
paix et d'une justice durables en Colombie.
- Même
si la communauté universitaire ait jusqu'à ce
jour accordé peu d'attention à la Colombie, elle
examine plusieurs pistes de collaboration nouvelles.
- Le
mouvement syndical canadien est de plus en plus actif dans l'appui
aux initiatives colombiennes, le pays ayant depuis plusieurs années
le plus haut taux d'homicide chez les syndicalistes.
- Malgré
la dure récession de 1998 et 1999, dont la Colombie commence
à se relever à peine, les entreprises canadiennes et
colombiennes veulent développer le commerce bilatéral
et explorer de nouvelles opportunités d'investissement.
- Et
finalement, les organisations de droits humains canadiennes et les
groupes de solidarité Colombie-Canada ont redoublé
leurs efforts pour signaler que les violations des droits humains,
l'impunité et la corruption mineront les efforts de paix
si elles ne sont pas traitées adéquatement dans le
contexte actuel.
4.1.0.
LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DU CANADA
La
Colombie est récemment devenue un pays prioritaire pour le
ministère des Affaires étrangères et du Commerce
international et d'un nombre croissant de politiciens canadiens.
Depuis un an, la Colombie est beaucoup plus en évidence pour
une série de raisons : les préoccupations
humanitaires; l'importance croissante du programme de sécurité
humaine et sa corrélation évidente avec la situation en
Colombie; une Ambassade active sur plusieurs fronts (surveillance des
droits humains, accompagnement de groupes à la base, échanges
culturels, consolidation de la paix, diplomatie, commerce et
investissement, etc.); une préoccupation généralisée
pour le trafic des stupéfiants, la corruption et la sécurité;
un nombre important de réfugiés politiques qui ont
obtenu asile au Canada; 44
et plusieurs années de lobbying sur la question des droits
humains, notamment par les Églises et les syndicats canadiens.
Alors que le Canada occupera un rôle important dans les
affaires hémisphériques au cours des douze prochains
mois et siège au Conseil de sécurité des Nations
Unies, ces changements revêtent une importance considérable
pour les Canadiennes et Canadiens et devraient constituer un point de
référence pour les Colombiens et Colombiennes.
Au
cours de la dernière décennie, le concept de sécurité
humaine a été au cur de la politique étrangère
canadienne. Le ministre Axworthy a déclaré que « depuis
la fin de la Guerre froide, la sécurité de la majorité
des États a augmenté alors que celle d'un grand
nombre de peuples du monde a diminué... La mondialisation a
produit de nombreux avantages, mais il a aussi signifié une
montée des crimes violents, du trafic des stupéfiants,
du terrorisme, des maladies et de la détérioration de
l'environnement... Une approche centrée sur la
sécurité humaine n'est pas simplement synonyme
d'action humanitaire. Elle souligne le besoin de s'attaquer
aux causes profondes de l'insécurité et de
contribuer à assurer la sécurité future des
peuples. » 45
Bien qu'un tel cadre puisse sembler « radical »
(discours sur les causes fondamentales, droits humains, etc.), il
présente aussi plusieurs défis : comment mener une
politique cohérente qui concilie des intérêts
contradictoires et comment établir les priorités? Comme
Jean Daudelin de l'Institut Nord-Sud le souligne, « le
nouveau discours sur la sécurité est très
morcelé. Au-delà de la longue liste de menaces et de
l'affirmation éculée que celles-ci sont
interreliées, on a peine à saisir ce que ce paradigme
ajoute exactement à l'ancienne vision des conflits et du
développement. » 46
Dans le cas de la Colombie, il n'est pas clair comment le
programme de sécurité humaine du Canada serait appliqué
de manière à avoir un effet distinct de celui de la
politique étrangère actuelle.
Avec
la récente visite en Colombie du sous-ministre adjoint, George
Haynal, qui faisait suite à la visite du ministre Axworthy en
janvier, les deux pays ont formalisé une déclaration
d'intention relative à la coopération actuelle.
Les détails concernant l'engagement du Canada à
fournir un appui bilatéral aux personnes déplacées,
à la réforme du secteur public, au remplacement des
cultures illicites et à la formation dans la lutte contre la
corruption seront finalisés au cours des prochains mois. Les
décisions que les pays donateurs prendront concernant l'appui
international au Plan Colombia lors de rencontres en Angleterre en
juin et en Espagne en juillet pousseront le Canada à clarifier
sa contribution. Des porte-parole du gouvernement ont insisté
que l'aide canadienne ne suivrait pas l'exemple du Plan
Colombia des États-Unis, c'est-à-dire qu'elle
ne comportera pas d'aide militaire. Cependant, on attend
toujours une critique officielle de l'intention fondamentale de
ce plan et des contradictions existant entre ses nombreuses versions.
L'approche adoptée semble être passive plutôt
qu'active. Le gouvernement canadien est bien conscient de la
corruption très répandue à de nombreux niveaux
du gouvernement colombien et fera vraisemblablement preuve de
prudence avant de débourser des « fonds réels »
aux ministères colombiens. Cependant, on ne connaît
toujours pas la position du gouvernement canadien quant aux grandes
questions définies par les ONG colombiennes, canadiennes et
internationales.
En
ce qui concerne le processus de paix actuel, l'Ambassade du
Canada à Bogota a indiqué au gouvernement Pastrana que
le Canada était prêt à fournir l'aide
nécessaire aux négociations « si les parties
concernées la demandent ». Cependant, pragmatique,
le président veut savoir si le Canada a quelque chose en
particulier à offrir. La riche expérience de
collaboration du Canada lors des conflits en Amérique centrale
dans les années 80 pourrait peut-être fournir quelques
modèles d'engagement actif dans le processus de paix
colombien, particulièrement avec les intervenants de la
société civile. L'Ambassade canadienne à
Bogota est particulièrement intéressée à
promouvoir une plus grande participation et présence des ONG
canadiennes en appui au processus de paix en Colombie et est
elle-même active dans l'accompagnement d'ONG
colombiennes, d'organisations de droits humains, de groupes
culturels et de communautés de personnes déplacées
le personnel de l'Ambassade est connu dans de nombreux
coins du pays en raison de l'approche pro-active qu'elle a
adoptée avec un large éventail d'organisations de
la société civile. Un groupe de pays « amis
de la Colombie » créé récemment,
comprenant la Suisse, l'Espagne, la Norvège, Cuba et la
France, et dont le mandat est d'accompagner le processus de
négociation avec l'ELN pourrait accroître la
participation internationale au processus de paix et son appui à
celui-ci. Le gouvernement du Canada et d'autres gouvernements et
diplomates mettent activement de l'avant depuis un certain temps
qu'il faut une entente globale entre le gouvernement et les FARC
portant sur les droits humains et le droit humanitaire international.
En
général, on peut dire que la plupart des Colombiens et
Colombiennes connaissent très peu le Canada. Ils considèrent
que le Canada est « un pays bon et généreux »,
un pays plus pacifique et modeste que les États-Unis et nombre
de pays européens, un pays riche sans passé colonial,
et en général, un ami inoffensif et fidèle. On
se rappelle encore partiellement de l'héritage du
discours libéral des années Pearson sur la
consolidation de la paix et on s'attend à ce que le
Canada appuie la paix et non la guerre dans le contexte actuel.
4.1.1.
Programmation de l'ACDI
Au
moment d'écrire ces lignes, l'ACDI procède à un
examen en profondeur de sa programmation en Colombie. Selon les
informations obtenues à ce jour, elle procéderait à
une réorganisation du plan quinquennal actuel afin d'y
intégrer une perspective de consolidation de la paix et de
droits humains en vue d'initiatives à venir. Ce
changement constitue une amélioration heureuse par rapport au
plan antérieur et reflète un discernement croissant des
besoins de la Colombie. Avec un budget annuel d'environ 5
millions $CAN, le programme est relativement petit de sorte que l'on
cherche à utiliser plus efficacement les ressources
disponibles. L'ACDI a invité les ONG à lui
présenter leurs propositions.
4.1.2.
Politique relative au commerce et aux investissements
Les
échanges commerciaux bilatéraux avec la Colombie
représentent un faible pourcentage de l'ensemble du
commerce international canadien; par contre, elles étaient en
expansion avant que ne frappe la récente récession en
Colombie. La modeste relance de l'économie colombienne
prévue pour le premier semestre de 2000 laisse présager
que les échanges reprendront leur croissance. La Colombie est
le quatrième partenaire commercial du Canada en Amérique
latine, après le Mexique, le Brésil et le Venezuela, de
sorte qu'il ne faut pas prendre à la légère
l'importance de la relation commerciale, particulièrement
pour l'avenir. Selon le ministre Pettigrew, « nous
sommes un pays commerçant. L'année dernière
{1998}, nous avons exporté 42,5 % de notre PIB. C'est
30 % de plus qu'au début de la décennie...
Le Canada exporte proportionnellement 4 fois plus que les États-Unis
et 3 fois plus que le Japon... La participation aux marchés
mondiaux constitue la voie de la prospérité pour le
Canada et nous devons la suivre. » 47
Les organisateurs communautaires, les travailleurs en droits humains
et les militants de la paix ne sont pas contre le commerce en soi,
mais ils s'inquiètent de l'insensibilité
croissante quant à l'impact négatif de la
libéralisation du commerce, de la privatisation et de la
déréglementation sur les personnes à faible et
moyen revenu, particulièrement dans les pays moins développés,
dont la voix est faible et souvent ignorée aux tables de
négociation des riches et des puissants. L'accès aux
marchés des sociétés canadiennes constitue
toujours le critère presqu'exclusif de la politique
commerciale du Canada qui n'a jamais sérieusement abordé
les critiques et les préoccupations soulevées par le
mouvement syndical et les ONG concernant l'apparition d'une crise
généralisée.
Lors
d'une récente visite organisée par la Chambre de
commerce canado-colombienne à Bogota, seuls trois
conférenciers (l'Ambassadeur du Canada, le premier
secrétaire canadien et l'Ambassadeur de la Colombie au
Canada) ont fait explicitement référence au besoin de
protéger les droits des travailleurs, les normes
environnementales et le salaire minimum vital tout en encourageant
activement le commerce et les investissements. Un profond fossé
séparant le programme commercial des gens d'affaires
colombiens et canadiens d'une part, et la réalité
politique colombienne, d'autre part, semblait être une
constante sous-jacente lors de cette rencontre. Comme nous l'avons
indiqué plus tôt, on ne peut séparer les niveaux
croissants de violence sociale en Colombie des réformes qui
ont échoué au cours des 15 dernières années,
réformes que le Canada a appuyées avec enthousiasme
dans le cadre de sa stratégie d'ensemble en matière
de politique étrangère. Cette absence de cohérence
politique constitue un point de discussion permanente entre le
gouvernement canadien et les organisations syndicales, sociales, de
développement international et de droits humains canadiennes.
Souvent, les politiques semblent avoir deux discours sur ces
questions.
4.2.0. LES INTÉRÊTS CROISSANTS DU SECTEUR PRIVÉ CANADIEN EN COLOMBIE
Les
firmes canadiennes investissent principalement dans les secteurs
suivants : télécommunications, agriculture,
produits agro-alimentaires, équipements et services pétroliers
et gaziers et équipements et services environnementaux. Les
télécommunications sont considérées comme
le secteur de croissance le plus rapide et qui offre le plus de
potentiel. Les privatisations ont ouvert de nouveaux champs
d'investissement et la confiance régnerait parmi les
investisseurs canadiens en ce qui concerne la stabilité à
long terme de l'environnement réglementaire colombien
régissant des secteurs importants comme les télécommunications
et l'hydroélectricité des secteurs où
les travailleurs sont persécutés et luttent depuis
plusieurs années pour faire reconnaître leurs droits. Il
faut que les investisseurs canadiens en Colombie, notamment ceux dont
les projets se trouvent dans les régions où sévissent
des conflits, cherchent à se familiariser avec la réalité
politique, économique, sociale et culturelle du milieu où
ils interviennent, les répercussions que leur présence
a, ou aura, sur les communautés, et finalement, les
aspirations de la population qui les côtoie. Ils doivent
accepter leur devoir d'agir en tant que citoyens corporatifs
généreux et informés qui ne se contentent pas de
seulement prendre, mais qui savent aussi donner de manière
appropriée et non paternaliste aux communautés locales.
Par exemple, les organisations autochtones et les communautés
paysannes dans le département de Putumayo, une région
extrêmement sensible en raison des retombées du Plan
Colombia, mènent présentement des négociations
préliminaires avec la société Alberta Petroleum.
On encourage activement les investissements directs en Colombie,
probablement avec l'appui de la Société pour
l'expansion des exportations, et même si le gouvernement du
Canada dispose de moyens judiciaires et juridiques limités
pour punir les agissements inacceptables des sociétés,
les ONG et les groupes communautaires deviendront certainement mieux
informés et plus actifs dans les années à venir.
Une fois de plus, les Colombiens et Colombiennes luttant pour le
développement démocratique et équitable ne
s'opposent pas à l'investissement en soi mais
ils veulent que le secteur corporatif se comporte de manière
éthique et respecte les désirs de la population.
4.3.0. LA SOCIÉTÉ CIVILE CANADIENNE DE PLUS EN PLUS INQUIÈTE
Comparativement
à de nombreux autres pays latino-américains, la
présence de la société civile canadienne en
Colombie a été faible, probablement en raison de
plusieurs facteurs interreliés :
- La
complexité de la situation et la violence omniprésente
ont eu un effet dissuasif sur les programmes exigeant une présence
sur le terrain.
- Comme
la Colombie était relativement prospère en termes
économiques généraux comparativement avec
l'Amérique centrale, par exemple, l'aide au
développement a été dirigée en priorité
vers d'autres pays.
- En
raison de la nature rigidement conservatrice de la hiérarchie
de l'Église catholique colombienne, les missionnaires et
les représentants des ordres catholiques canadiens
progressistes étaient moins nombreux que dans d'autres
pays, comme au Pérou ou en Équateur, par exemple.
Ainsi, la population canadienne n'a pu profiter de ce type de
contact et d'expérience.
- Les
Colombiens et Colombiennes ont eu tendance à se replier sur
eux-mêmes durant la majeure partie du 20e siècle
et ce n'est que récemment que les représentants
d'ONG et de mouvements sociaux ont commencé à
participer régulièrement aux rencontres
internationales, au Canada et ailleurs.
- Le
très fort nombre de soi-disant organisations de la société
civile, et le morcellement que nous avons mentionné plu tôt
dans le présent document, ont contribué à
brouiller la situation pour les étrangers.
- La
répression permanente contre les mouvements populaires et
politiques légaux et la prolifération des
organisations de guérilla ont compliqué encore plus la
participation des ONG désirant travailler sur les questions
politiques dans leur propre pays.
- Et
finalement, alors que l'intérêt grandissait,
principalement en raison de la sévérité de la
crise des droits humains et plus récemment à cause des
perspectives de négociation, et éventuellement de
paix, les ressources disponibles au Canada pour les ONG de
développement international diminuaient.
La
situation évolue lentement alors que l'on examine de
nouvelles initiatives; cependant, un des principaux défis sera
d'avoir accès à des ressources limitées.
Les notes qui suivent présentent un bref aperçu d'une
partie du travail réalisé actuellement par les
organisations de la société civile canadienne en
Colombie. Ces activités sont directement ou indirectement
liées à la consolidation de la paix.
4.3.1.
Églises canadiennes
Ce
sont surtout les Églises, par le biais du CIÉDHAL
(Comité inter-Églises sur les droits humains en
Amérique latine) et de Développement et Paix,
qui ont maintenu tant en Colombie qu'au Canada une programmation
à long terme et des activités de lobbying et de
promotion : le premier se spécialisant dans la
surveillance des droits humains et l'accompagnement depuis la
fin des années 80 et le second se consacrant au développement
communautaire et démocratique en accordant une attention
particulière aux organisations autochtones colombiennes.
L'année dernière, l'Inter-Church Action
(ICA) a décidé d'appuyer les projets de
consolidation de la paix. Le Comité central mennonite
administre son programme colombien depuis l'Ohio suite à
une décision administrative interne mais l'appui canadien
à ce programme demeure important. Nous avons déjà
mentionné plus haut l'important travail de développement
communautaire appuyé par l'Église mennonite en
Colombie par le biais de son organisation sur, Mencoldes, et
des projets innovateurs de consolidation de la paix coordonnés
par Justapaz.
4.3.2.
Solidarité et droits humains
Un
nombre important d'organisations de droits humains et de
solidarité développent l'appui à leur
homologues colombiens et font de la sensibilisation au Canada sur la
terrible situation des droits humains en Colombie. En plus de son
réseau d'action urgente qui s'intéresse à
la Colombie, Amnesty International collabore avec d'autres
groupes canadiens pour attirer l'attention sur les difficultés
et les dangers particuliers auxquels sont confrontés les
défenseurs de droits humains en Colombie. Le Comité
chrétien de Montréal répond invariablement à
la crise des droits humains en Colombie et, conjointement avec le
CIÉDHAL, s'est chargé de l'organisation bien
publicisée à Montréal et à Toronto des
Tribunaux sur le massacre paramilitaire de Barrancabermeja en mai
1998. Les organisations de solidarité colombo-canadiennes ont
développé l'éventail de leurs activités
notamment à cause du nombre de Colombiens et Colombiennes qui
arrivent au Canada et des besoins grandissants.
4.3.3.
Organisations syndicales
Depuis
plusieurs années, le mouvement syndical colombien, et plus
particulièrement la CUT, Centrale unie du travail, constitue
une priorité pour la solidarité, la promotion et le
lobbying du mouvement syndicale canadien étant donné
qu'année après année, la Colombie est au
premier rang mondial au chapitre des assassinats de syndicalistes. Le
Congrès du travail du Canada (CTC) et les Travailleurs
canadiens de l'automobile (TCA) appuient un programme de
formation de femmes cadres au sein de la CUT ainsi qu'un
important centre d'éducation et de recherche syndicale
dans la ville de Medellin. Ils ont aussi consacré beaucoup
d'efforts à des activités de lobbying et de
sensibilisation au Canada sur une série de questions relatives
aux droits sociaux, syndicaux et humains en Colombie Les échanges
entre les syndicalistes colombiens et canadiens ont permis de
sensibiliser la population canadienne à la situation difficile
qu'affrontent leurs homologues en Colombie. Le CTC appuie des
projets sur la Colombie par le biais de plusieurs organisations
internationales et les TCA ont accordé leur appui aux projets
colombiens des Peace Brigades International ainsi que du Comité
canadien d'action sur le statut de la femme. Les Tribunaux
d'opinion de Barrancabermeja ont aussi reçu l'appui
et la collaboration des TCA.
4.3.4.
Organisations de femmes
Les
membres du Comité canadien d'action sur le statut de la
femme (NAC) ont récemment choisi la Colombie comme pays
prioritaire pour leurs activités internationales. Le NAC
entretient depuis plusieurs années des liens avec les femmes
afro-colombiennes déplacées de la côte pacifique
de la Colombie. Son soutien, notamment par l'accompagnement,
répond à un besoin auquel peu d'organisations
internationales répondent.
4.3.5.
Organisations universitaires et de recherche
Les
professeurs d'université et les chercheurs canadiens font
peu de travail systématique sur la Colombie. Cependant,
l'initiative récente d'un projet spécial sur
la Colombie, auquel participent le Centre de recherche sur l'Amérique
latine et les Caraïbes (CERLAC), le Nathason Centre for Crime
Prevention et le Centre for Refugee Studies de l'Université
York, pourrait procurer une nouvelle base importante pour
l'acquisition de connaissances. Ce projet maintiendra des liens
avec les universitaires colombiens tant à l'intérieur
qu'à l'extérieur du pays (nombre d'entre
eux ont dû quitter la Colombie) ainsi qu'avec des centres
et des universités ailleurs dans le monde. Le projet donnera
un nouvel élan à la recherche appliquée au
Canada sur une série de questions liées à la
consolidation de la paix en Colombie.
Le
programme de Consolidation de la paix et de reconstruction du CRDI
(Centre de recherche en développement international) a
récemment reçu le feu vert officiel pour explorer les
possibilités d'une programmation en Colombie. Une
première visite exploratoire a été réalisée
plus tôt cette année. Par le biais de la Fondation Arias
du Costa Rica, le CRDI appuie déjà un programme de
recherche en Colombie avec des groupes de Bogota et de Cali dans le
cadre d'une initiative régionale portant sur un projet
innovateur d'intégration des personnes déplacées.
La
FOCAL (Fondation canadienne des Amériques) a récemment
produit un document de réflexion sur le processus de paix en
Colombie et les possibilités d'appui et de participation
de la part du gouvernement canadien. La Colombie constitue un
partenaire important relativement aux problématiques de la
drogue et de la sécurité dans l'hémisphère.
La FOCAL est intéressée à animer des petits
ateliers et des séminaires réunissant divers
intervenants sur des questions d'importance pour la Colombie.
L'Institut
Nord-Sud, qui ne se concentre sur aucun pays en particulier et
que le CRDI appuie financièrement, collabore avec un institut
de l'Université d'Antioquia de Medellin dans une
recherche portant sur les attitudes, la vision, les préoccupations
et les aspirations des communautés autochtones colombiennes
vivant dans des régions où les sociétés
minières sont actives.
4.3.6.
Aide humanitaire
Le
Comité international de la Croix-Rouge du Canada et
Médecins sans frontières ont des programmes
assez importants dans quelques-unes des régions les plus
violentes et difficiles de la Colombie, particulièrement dans
le nord où la violence des paramilitaires a été
particulièrement atroce l'année dernière.
Leurs efforts pour répondre aux urgences médicales et
fournir des soins médicaux essentiels sur une base continue
sont très appréciés dans les hameaux et les
communautés rurales éloignées. La demande de
services auprès de ces deux organisations est à la
hausse alors que le conflit s'aggrave et que les services
gouvernementaux pour les déplacés et les victimes de la
guerre s'avèrent de moins en moins adéquats.
4.3.7.
Accompagnement
Les
homologues colombiens apprécient énormément la
présence permanente et l'accompagnement physique offerts
par Peace Brigades International aux individus et aux
organisations menacées. À mesure que le conflit
s'intensifie, le nombre de demandes de ce type augmente ainsi
que les besoins en volontaires. Les membres canadiens des Brigades de
paix sont présents dans certaines des régions les plus
difficiles de la Colombie et ils ont fourni au public canadien des
informations de première main sur la situation des droits
humains et l'importance de leur engagement non violent.
4.3.8.
Organisations de développement international
À
part les programmes des Églises mentionnés ci-dessus,
Interpares a récemment fait un voyage exploratoire en
Colombie pour examiner la possibilité d'y ouvrir un
programme. Représenté sur le terrain en Colombie par le
bureau et le personnel du Project Counselling Service, qui
s'intéresse principalement mais non uniquement à
la riche problématique des déplacés, Interpares
définira sa programmation à une date ultérieure.
Vision
mondiale Canada, en tant que membre de sa « famille »
internationale, offre actuellement un soutien important à un
large programme de développement dans plusieurs régions
conflictuelles de la Colombie qui est administré par le
personnel terrain de Vision mondiale.
Défense
des enfants-International et Cultural Connections ont reçu
des ressources du Fonds pour la paix logé à l'ACDI
pour un projet participatif visant à former les enfants et les
jeunes en tant que bâtisseurs de la paix dans différentes
régions du monde. La Colombie a été choisie
comme un des pays participants et des jeunes assisteront à la
Conférence sur les enfants et la guerre qui aura lieu à
Winnipeg plus tard cette année.
Le
Fonds canadien pour la paix a établi des liens avec
Mass média en faveur de la paix, un groupe colombien de
travailleurs et travailleuses des médias qui se consacre à
améliorer la présentation des reportages et à
ainsi contribuer à réduire la violence et à
promouvoir la paix.
Le
YMCA du Canada entretient des liens avec des programmes de
développement communautaire du YMCA dans trois villes
colombiennes.
Aller au chapitre 5
Table des matières
44 Le Canada accueillera environ 450 réfugiés politiques en l'an 2000, une importante augmentation par rapport aux années précédentes et un nombre plus élevé que tous les pays européens réunis.
45 Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international; La Sécurité humaine : La sécurité des individus dans un monde en mutation; avril 1999.
46 DAUDELIN, Jean et HAMPSON, Fen Osler, Human Security and Development Policy, un document de conception préparé pour l'Agence canadienne de développement international.
47 Notes d'un discours de l'Honorable Pierre Pettigrew, ministre du Commerce international, Jours de la coopération, 1999.
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